Saint-Sauveur



Contre la maison aux épais murs de pierre,
Ouverte et abritée, la terrasse porte
Une table en noyer, si forte et si fière,
Et des chaises empaillées qui nous supportent.

La table est bien dressée, le melon servi,
Une guêpe vient y goûter, si ravie
Qu’elle s’enivre. La voilà qui s’envole
De place en place puis tombe dans l’alcool.

À l’ombre du balcon en bois protecteur,
Le platane frémit pour nous fair’ la brise,
La glycine montre ses bouquets de fleurs,
Un chardonneret nous vient et vocalise

Sous l’œil bénin de Beauvoir, toujours ouvert.
Derrièr’ lui le Vercors surplombe l’Isère,
Les Petits Goulets, les Gorges de la Bourne,
Les routes en corniches, qui tournent, qui tournent.

Les blés verts qui poussent dans les champs d’en bas
Dodelinent du chef, bercés par le vent,
Et ces jeux de lumière parlent tout bas
Aux dessins que font les nuages rêvants.

Le soleil franchit le col de la Bataille,
Les hirondelles survolent la piscine
Pour y prendre une gorgée d’eau, et dessinent
À grands traits sur le crépuscule corail.